Arnaud Bremont, membre du Taillefer Trail Team, revient tout juste de Haute-Savoie avec une belle 6ème place sur le Trail Tour des Fiz (64km 5300D+ raccourci légèrement cette année pour cause d’orages). Voila son compte-rendu :
Pour les non-rhonalpins qui doivent se demander “c’est où, les Fiz ??”, eh bien vous trouverez ce massif près de Chamonix, derrière celui des Aiguilles Rouges, entre les Houches et Sixt-Fer-à-Cheval.
- Plaine-Joux, samedi 28 juillet :
L’épreuve est organisée depuis le camp de base de Plaine-Joux, à 1360m d’altitude : tant mieux, c’est toujours ça de moins à grimper !
Les coureurs dormant sur place ne risquaient pas de le rater, réveillés par un gros orages et de belles averses dès 2h du matin. L’organisateur, sagement, décale le départ de 30′ et supprime l’ascension et la descente de Grenairon, probablement périlleuses. Le parcours promet d’être bien gras.
- Départ (dimanche 29 juillet, 5h30) :
Le ciel se dégage quand nous nous élançons. Dès la première côte, un coureur prend le large : il s’agit d’Arnaud Lejeune, du Team Hoka, le favori du jour. Ca se passe aussi plutôt bien pour moi, en deuxième position, sur ces premiers km dans les bois surplombant Passy. Avec bien peu d’avance sur 3 poursuivants, certes, mais sans forcer.
- Ascension de Varan (km 8) :
ces 3 coureurs me rejoignent. J’y reconnais et ose saluer Mr Patrick Bohard, 8ème de l’UTMB 2011. Après quelques présentations, il reste en retrait et j’ai l’honneur de mener le quatuor dans l’ascension jusqu’au sommet.
- Refuge de Varan (ravito n°1, km 11) :
la douce euphorie aurait pu se poursuivre dans la descente, si la pente n’avait pas été trop raide et grasse pour mes Salomon. Une jolie glissade, mais sans gravité, qui me fait perdre un peu de temps.
- Ascension des Grandes Platrières (km 13) :
nous hésitons un petit moment quant au chemin à suivre, ce qui permet à Jérôme Challier, du Team Lafuma, de nous rattraper. Ce dernier va mener toute l’ascension jusqu’au refuge de Platé. La tension est montée d’un cran, personne ne pipe mot. Je reste au contact, le cœur à 165~170bpm : c’est déjà moins facile, et peut-être un peu trop pour moi…
- Refuge de Platé (ravito n°2, km 19) :
je repars du ravito à distance de mes 4 compagnons, ne pouvant suivre leur rythme sur cette dernière section montante. A.Lejeune est annoncé à 7′, et manifestement, ce n’est pas moi qui vais l’inquiéter.
- Les Grandes Platrières, Désert de Platé (km 20) :
chaud, le passage, chaud… une zone de lapiaz, avec des plaques de roches glissantes, d’autres saillantes, et entre elles des crevasses béantes… où les générations futures auraient bien pu me retrouver. Ca leur aurait peut-être permis de comprendre pourquoi, en 2012, des gens bizarrement accoutrés venaient jusqu’ici en courant… alors qu’il y a le télécabine de Flaine, devant lequel nous passons.
Tête Pelouse : nous descendons d’abord sur une large piste de ski, puis sur un chemin caillouteux assez raide. Les 1500m de D- s’avalent d’autant plus vite, mais que cette portion fait mal aux cuisses et aux tendons ! Pas le genre de descente qui me plaît, en tout cas.
La cheville habituelle vrille sur un caillou : quelques minutes douloureuses, puis ça repart.
- Lac de Gers (ravito n°3, km 24) :
ce site magnifique donne du champ de vision et je suis étonné de ne pas avoir perdu de temps sur mes 4 compagnons. Je reprends même Franck Vulliez et un autre coureur (Thomas Gremmel) après le ravito, et dévale la dernière portion de descente vers Sixt-Fer-à-Cheval.
Pas de difficulté sur celle-ci, pourtant je trouve le moyen de me payer une nouvelle glissade. Le ciel reste bien couvert, ce n’est pas cette année que nous admirerons les paysages.
- Salvagny (ravito n°4, km 29) :
c’est là que le matériel obligatoire est contrôlé pour chaque coureur. Formalité qui me fait coûte un peu plus de temps que les autres, m’y prenant comme un âne pour les ranger ; mais rien à côté de ce que je vais bientôt débourser !
Nous prenons la direction du refuge des Fonts, l’ascension vers le refuge de Grenairon ayant donc été supprimée. Je reviens doucement sur J.Challier, mais vois au loin P.Bohard qui s’envole: il avait bien caché, au début de course, qu’il en avait autant sous la semelle… bien joué.
F.Vulliez et T.Gremmel tiennent bon et sont sur mes talons, même si ce dernier se plaint de problèmes gastriques. Pour une fois, malgré la distance, l’humidité et le froid, j’en suis épargné : ne me demandez pas la recette, je n’en sais rien.
- Refuge des Fonts (ravito n°5, km 38) :
cette pause est propice au regroupement et nous repartons donc à 4, à 15′ désormais d’A.Lejeune. Je mène une ultime fois le train, avant que cela ne “me lâche”, aussi rapidement que violemment : plus de jambes ! Je mets le clignotant à droite, et Franck et Thomas me laissent à mon triste sort. Pas Jérôme, qui accuse aussi un passage à vide.
C’est dans ces moments (et les repas de famille) où revient la question : « tu penses vraiment, vraiment tenter l’UTMB en 2013 ?? » ; où l’on se dit que sur le petit parcours, c’en serait déjà fini ; où l’on maudit le voisin qui jadis vous convertit aux sports d’endurance ; où l’on médite sur la vanité de l’effort solitaire, la pertinence de sa présence sur Terre… les hectomètres sont longs, assurément.
Mais je me dis que tout a une fin (sauf le saucisson, qui en a deux), les bons moments comme les pires, et poursuis mon chemin, porté par mes deux fidèles bâtons de pèlerin. J.Challier se requinque plus vite et me dépose à son tour, peu avant le sommet.
- Refuge A.Wills (ravito n°6, km 44) :
la perspective du refuge est une délivrance ! J’y trouve tout ce qu’il faut pour me rassasier ; la pause est longue, mais s’avérera salvatrice un peu plus loin.
La suite du parcours est commune avec le P’tit Tour des Fiz (32km et 2500D+, quand même) : retrouver de la compagnie (et en doubler quelques uns) me remotive.
- Lac d’Anterne (km 47) :
avant d’atteindre cet autre lac d’altitude, il faut dévaler une descente sinueuse et piégeuse par endroits, qui me vaut une troisième gamelle, heureusement toujours sans bobo.
Je sens aussi dans cette descente qu’un ongle de gros orteil, épargné depuis un an, est en train d’y passer…
- Refuge de Moëde Anterne (ravito n°7, km 49,5) :
comme on annonce l’arrivée à 8km, autant ne m’arrêter que l’instant du contrôle de dossard. Le ciel se découvre enfin et j’apprécie le chemin de crête qui s’ensuit, d’autant que j’arrive de nouveau à relance et trottiner, sur le plat et les petites montées.
La descente pour rallier le Châtelet d’Ayères est pour le moins technique, certains passages étant pourvus de chaînes et cordes, qui s’avèrent indispensables (à mon avis, un G.R. à ne pas tenter en famille).
La vitesse moyenne chute, mais c’est l’occasion de discuter avec quelques sympathiques coureurs du petit parcours, plus loquaces que mes anciens compagnons. En parlant d’eux… ils sont loin à présent, la « panne d’essence » m’aura coûté presque un quart d’heure.
J’assiste hélas en direct à deux vilaines torsions de chevilles… les pauvres, je compatis !
- Le Châtelet d’Ayères (ravito n°8, km 54) :
si l’on a pu trouver une ambiance chaleureuse à chaque ravitaillement, là… c’est carrément la fête, une euphorie digne d’un col du Tour de France. On les entendait de loin !
On retrouve sur le Trail du Tour des Fiz de bonnes idées empruntées à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, comme celle, excellente, d’inscrire en gros le prénom du coureur sur le dossard : plus besoin de s’inscrire sur Facebook pour croire que l’on plein d’amis !
- Arrivée (km 57, 7h17) :
on bascule aussitôt après le Châtelet dans l’ultime descente vers Plaine-Joux, sans difficulté. De nombreux randonneurs nous encouragent, le soleil est radieux, toujours pas de douleurs aux quadriceps, ni de poursuivant en vue… un vrai régal jusqu’à l’arrivée, où là encore l’animation est plus qu’à la hauteur.
Je finis donc 6ème, sur 131 arrivants. A m’être attaqué quelques heures durant au podium, peut-être me suis-je un peu grillé ? Car je ne pense par avoir négligé l’alimentation ni l’hydratation. Quoi qu’il en soit, les bons souvenirs du début et de la fin de course supplantent largement les mauvais, et c’est le principal.











Héhé, j’étais juste à une bonne centaine de place derrière à l’arriver :p
Franchement quand je vois le classement tu as assuré méchamment il y avait du beau monde devant !!!
une machine ce nono
La machine s’est quand même grippée un moment ; j’aurais dû lu enfourner quelques gels de plus.
J’ai bien envie de tenter à nouveau ma chance sur le Trail du Galibier ; y’a-t-il d’autres amateurs du TTT ?
@ Arnaud : Belle perf car il y’a avait du beau monde. Finir devant François LACHAUX c’est bien. Il a gagné le long des Allobroges l’an dernier. N’être qu’à une demi heure d’Arnaud LEJEUNE qui a une super forme cette année, c’est très bien et finir qu’à 10 minutes de Jérôme CHALLIER, TOP 10 de l’UTMB 2010, c’est encore mieux. Le format Trail long en montagne (50-70 km) semble être celui qui te convient le mieux.
A la fin de telles épreuves, on sent qu’on a vécu une aventure. Avec les panoramas des éditions précédentes (cf. les vidéos Follow the track), ç’aurait été parfait. En plus, la récupération est meilleure que sur un Lyon Urban Trail… je réitère : une bien belle course à tenter.
Je dis ça maintenant, mais j’étais moins serein et enthousiaste à 3h du mat’, sous l’orage et la pluie battante, avant le départ…